L'amour des mots : qui est le sujet, qui est l'objet de cette passion ?', demandait Camille Laurens dans son essai ('Quelques-uns'). Cette question, pour ainsi dire théorique, mais aussi très pratique et concrète, se transforme, dans le roman qu'elle publie aujourd'hui, en affirmation. Certes, un déplacement s'est opéré : ce sont les hommes, cette autre moitié de l'univers, qui sont, ici, 'l'objet et le sujet du livre' ... Avec une pudeur paradoxale, une hardiesse qui n'est pas là oü on l'attend, oü, trop souvent, on la trouve, associée à la vulgarité du sentiment, Camille Laurens fait entendre, comme rarement, cet 'amont du désir', de son désir dédoublé - débusqué et dissimulé -, en celui de sa narratrice.